En décembre 2013, j’avais décidé de visiter le sud de l’Algérie, un rêve d’adolescente. Cependant, le Sahara algérien est très vaste, ne savant pas exactement quoi voir, je me suis concentrée sur les regions du Hoggar et du Tassili. Après de longues recherches sur internet, je me suis finalement mise en relation avec un guide se basant à Tamanrasset, dont l’agence s’appelle Les paysages du sud. A la suite de quelques échanges par mail concernant le tarif et le parcours. J’ai pris mon billet d’avion avec 2 escales internes sur Béjaia et Alger, parce qu’il n’y a pas de vols directs pour Tamanresset.

Malheureusement, je me suis fait voler mon téléphone à l’aéroport d’Alger et avec, le numéro du guide ! Mais grâce à cette perte, j’ai fait l’une de mes plus belles rencontres dans ce pays. Deux agents m’ont aidé à retrouver les coordonnées du guide et l’ont même contacté pour le prévenir du retard de l’avion. Un deux ces agents est devenu un bon ami. 

 

Deux mots sur Tamanrasset et le Hoggar 

Tamanrasset, appelé Tamanghasseten en Tamahaq (langue des touaregs algériens ). C’est la plus grande wilaya d’Algérie et la capitale des touaregs algériens. Elle se situe tout au sud du pays et plus exactement dans l’Ahaggar ( Hoggar en langue locale ). Ce désert montagneux et rocheux dépasse la superficie de la France. 

Tamanrasset  

Mes hôtes à Tamanrasset
Le 24 décembre, mon avion arrive le soir, les lumières de Tamanrasset illuminent la ville dans la nuit noire. Le premier tour de la ville m’a totalement dépaysé. La vie ne ressemble à rien de ce que je connaissais du nord de l’Algérie ! Des infrastructures minimalistes, des ordures jetées un peu partout, des maliens et des nigériens mendiaient en famille, la pauvreté se faisait ressentir dans cette localité. 

Cependant, Tamanrasset c’est aussi une architecture locale et un lieu de rencontres festives. J’ai d’ailleurs eu la chance d’assister à une course de chameaux, assez impressionnant, suivi d’un concert touareg. Les femmes bien maquillées et habillées du tissegh’ness ( tenue traditionnelle ) se mélangeaient aux hommes de la famille pour danser. C’est apparement l’occasion de faire des rencontres et pour les amoureux de s’apercevoir. Il y a une mixité qu’on retrouve plus chez ce peuple que dans le nord du pays. 

Afilal

Source d'eau d'Afilal

Je quitte Tamanrasset en 4×4 en direction d’Afilal, qui est à plus de 2h de route. C’est un lieu de rendez-vous de tous les guides au départ ou au retour de l’Assekrem. C’est l’une des rares zones humides du désert avec une riche biodiversité. De l’eau jaillit du sable pour former de petits ruisseaux dans lesquels vivent des petits poissons et des grenouilles. 

Le petit Ibrahim
Une seule famille vivait à cet endroit. Eloignée de tout, cette famille était très pauvre avec deux enfants malades et sans soin. Heureusement que les guides étaient généreux et leur rapporter quelques provisions et des médicaments gratuitement ! 
 
J’ai fait la rencontre du petit Ibrahim avec qui, je me suis baladée à la recherche de la source d’eau. Le garçon ne parlait que sa langue, mais cela nous nous pas empêché de communiquer avec les gestes et il m’a d’ailleurs appris quelques mot en tamahaq. Ce garçon était pauvre, il n’est jamais allé à l’école et il ne connaissait rien du monde hormis la zone où il vivait et pourtant, il était joyeux. Je n’oublierai jamais le sourire d’Ibrahim et sa gentillesse.

Asskrem

La troisième plus haute montagne d’Algérie, 2800m d’altitude. Un endroit très convoité par les algériens et déserté par les étrangers. La route vers Asskrem est longue, escarpée de roches et de cailloux, mais ça n’empêchait pas mon guide Sebag de rouler à toute allure. Nous passons devant des lieux à couper le souffle et devant de petites montagnes nommées en fonction de leurs formes (l’éléphant, le doigt, la tête du touareg…). 

C’est à cet endroit que le père Charles de Foucauld ( un militaire, puis linguiste et enfin moine durant la guerre d’Algérie ) battit une petite maison en pierre avec l’aide des habitants en 1905. L’hermitage gardé lors de ma visite par un moine polonais et un espagnole, nous ouvre un monde de spiritualité, tout simplement déroutant. Faucault reste aujourd’hui un personnage culte dans la région et il est surtout connu pour son dictionnaire touareg-français.

Si l’Asskrem est si convoité  par les touristes, c’est parce qu’il offre un lever et un coucher de soleil unique et majestueux. Quand le soleil se couche sur le Tahat ( le plus haut sommet d’Algérie ) le ciel s’embrase de plusieurs teintes allant du jaune à l’orange, au bleu, au rose, au rouge. Je n’avais jamais vu un tel spectacle auparavant, on avait l’impression qu’il n’y avait qu’à tendre la main  pour toucher le ciel et attraper les étoiles !

J’ai notamment passé le nouvel an au campement de l’Asskrem. Il y’avait cette fois ci peu de touristes et de nombreux tamrassetois. La musique avait brisé le silence de la nuit, les feux de bois scintillaient au milieu de chaque regroupement. On échangeait du matériel pour cuisiner, du bois pour le feu, des guitares pour chanter. A l’instant d’une soirée, ces hommes avaient mis de côté leur timidité et se mélangeaient à la seule voyageuse en solitaire du campement.

Coucher du soleil à l'Asskrem

Izarnen, village d’anciens nomades touaregs

 

Avant le début du trek, j’ai eu le privilège de passer trois jours dans un village d’anciens nomades touaregs. Mon guide Abbeh se mariait le jour de mon arrivé, j’ai pu ainsi assister à son mariage. 

Cette expérience m’a permis d’avoir un avant goût de la vie, de la culture et de la mentalité des touaregs algériens. Un peuple ancien, pauvre matériellement et tellement riche spirituellement ! 

Cette expérience méritait d’être plus détaillée, c’est pourquoi j’ai écrit un deuxième article sur le Sahara dans lequel je raconte mon immersion dans la vie locale des touaregs de l’Ahaggar.

Mes hôtes à Izarnen

Trek en chameaux dans l’Atakor 

Finalement, le nouveau marié ne m’accompagna pas dans le trek, c’est plutôt à son père El Khamis chamelier et son frère El Mokhtar cuisto de me faire découvrir la région d’Atakor, qui regroupe les plus hautes montagnes d’Algérie. 

Cinq jours au cours desquels nous marchions sur des plateaux infinis, puis sur des terrains pierreux, pentus, parfois difficiles pour les deux chameaux lourdement chargés. Cinq journées extraordinaires à traverser le vaste désert aux paysages démesurés, dont les roches arrondies sont modelées par l’érosion. Certaines des roches sont décorées de peintures rupestres depuis des millénaires, un vrai musée à ciel ouvert. Les longues marches nous plongeaient dans un silence sacré, restant attentif aux silhouettes, aux traces de vie, aux sources d’eau et aux étoiles.

Nos journées étaient rythmées par les repas et les canicules. Cependant, le meilleur moment du trek, c’est bien évidemment le bivouac sous les étoiles. Autour d’un feu réchauffant mes pieds congelés, le cuisinier prépare le diner, pendant que son père répondait à mes centaines de questions. Mes compagnons étaient d’un naturel discret et ne bavardaient pas si je ne leur parlais pas. Étant une fille seule et jeune je pouvais ressentir leur gêne, alors je faisais mon possible pour les mettre à l’aise. Après le diner et la dernière tasse de thé, chacun prenait son matelas en mousse et son sac de couchage pour s’allonger sous les étoiles filantes et la lune éclairante. La fatigue des longues marches me plongeait dans un sommeil profond que j’en oubliais les grosses araignées et les serpents 😓

Trek dans l'Atakor

Mon trek dans le Hoggar et les rencontres humaines ont fait de ce voyage ma plus belle aventure. L’hospitalité, la sagesse de vie, le respect de la nature et des animaux, le partage des ressources. Tous ces éléments m’ont remis en question sur le confort matériel, l’inconfort relationnel, la course à la consommation et j’en passe.

Ce peuple subit le changement climatique et une crise économique à cause de la disparition du tourisme international, qui représentait une grande source de revenue. Malgré leur situation, les touaregs sont heureux et ne cesse de dire ‘’El Hamdou Lillah’’, qui signifie ‘’Merci mon dieu’’. Vivre de bétail et d’eau fraiche, se contenter de peu et vivre en communauté, voila en quoi se résume la joie vie des touareg.

Conseils  

  • Il est conseillé de voyager dans le Sahara algérien entre novembre et février. Bien qu’en journée, la chaleur dépasse allègrement les 30 voire les 40º, la nuit les températures baissent jusqu’à 1º. Alors, prévois des vêtements légers en journée et des vêtements chauds pour la nuit.
  • Il n’y a qu’un seul opérateur mobile qui fonctionne plus au moins bien et c’est  »Mobilis’’. N’hésite pas à demander aux personnes de te montrer les spots pour capter le réseau, ils les connaissent tous, même au plein milieu de nulle part.
  • L’eau est précieuse et il n’y a aucune hygiène chez ces populations. Surtout ne pas s’attendre à trouver des salles de bain, des toilettes avec chasse d’eau ou à manger seul dans son assiette. Il faut bien se préparer psychologiquement à ce mode de vie. 
  • Peu import la température, les hommes et les femmes se couvrent tout le corps et ne laissent rien apparaitre. Par respect, je te conseille de ne pas trop te dénuder.
  • Les touaregs ont un grand sens de l’accueil et de l’hospitalité, ils feront tout pour te satisfaire. Cependant, par timidité ils t’observeront mais n’oseront pas te parler, c’est donc à toi de briser la glace. 
  • Pareil pour les photos, il ne faut pas dégainer son appareil, laisse leur plutôt le temps de s’habituer à toi.

Équipements 

  • Sac de couchage bien chaud
  • Désinfectant d’eau 
  • Crème solaire
  • Lingette bébé et gel désinfectant 
  • Un chapeau ou un foulard pour se couvrir la tête et parfois la bouche quand il y a des tempêtes de sable. 
  • Et n’oublie surtout pas ta zen attitude et ton sourire 😁 
L'Atakor et ses paysages
Je vérifie la température de l'eau
Le nouvel an avec des guides tamrassetois
Atakor et ses paysages
Mes accompagnateurs du trek
Je m’excuse pour la qualité des photos. Je ne possédais qu’un petit compact Nikon en 2013.