À la découverte des touaregs de l'Ahhagar

C’est à l’occasion d’un Tarek en 2013 à Tamanrasset, dans le sud de l’Algérie que j’ai eu la chance de vivre trois jours dans un village touareg et deux jours avec une famille tamrassetoise.

Qui sont les Touaregs ? 

Pour que tu comprennes qui sont les touaregs au cas où tu ne les connais pas, je reprends la définition de Wikipedia Les Touaregs … sont des habitants du Sahara central et de ses bordures (Algérie, Libye, Niger, Mali, Mauritanie et Burkina Faso)[6]. Ils parlent une langue berbère, le Touareg (tamasheq), et utilisent un alphabet appelé tifinagh (prononcer tifinar).

Maintenant que tu sais qui est ce peuple et où se situe-il, il faut que tu saches encore une autre chose. Bien que tous ces touaregs sont des descendants de tribus berbères et anciennement nomades, quelques différences existent au niveau des coutumes et des dialectes entre les touaregs de tous les pays. En Algérie par exemple, les berbèrs parlent tamahaq, tandis qu’au Mali on parle tamachaq et au Niger on parle tamazaq. On trouve notamment des différences au sein des clans du même pays. Il y’a des nuances entre les habitants de la région de Djanet et de Tamanrasset par exemple. 

Si je te parle de ces différences, c’est parce que je ne veux pas à ce que tu penses que tous les Touaregs ressemblent à ceux du village Izarnen que je décris ci-dessous. 

Village d'Izarnen

Village Izarnen 

Les habitants de ce village étaient des anciens nomades devenus malheureusement sédentaires. La sécheresse, la dureté de l’élevage et l’évolution économique ont poussé cette tribu à se fixer à Izarnen, à 30km de la ville de Tamanrasset non loin des vallées de l’Atakor. 

Ce village éparpillait se compose de plusieurs familles séparées en groupement, qui se partagent deux jardins et deux puits. Les anciens vivent encore dans des maisons en paille qu’on surnomme ikabar. C’est une espace de yourte où tout est aménagé dans une seul pièce : la cuisine, la chambre, le salon. Les plus jeunes eux, construisent des maisons en bétons. 

Pour la majorité illettrés, les plus vieux de la famille maîtrisent très bien la langue de Molière, contrairement aux jeunes qui sont plus arabophones. Il existe une petite école dans le village mais il n’y a malheureusement pas d’enseignant. Les petits ne vont donc pas à l’école. Je crois qu’ils apprennent l’arabe à travers la télévision.

Les vieilles personnes ont connu les caravanes, le commerce du sel, l’enseignement en français par les colons, le tourisme prospère et un climat moins aride. Malheureusement pour les jeunes, rien ne reste de cette belle époque comme ils la qualifient. 

Malheureusement aujourd’hui, le changement climatique, la disparition du tourisme international, l’abandon par le gouvernement plongent les touaregs dans une vraie crise. 

Au vue de la situation, tu te diras peut être comme moi : Oh pauvre gens ! Eh bien pas tout à fait. Les pauvres c’est nous, car eux ils ne se considèrent pas comme tels. Ce peuple très croyant, puise des ressources au milieu de rien et se contente de peu pour vivre. Leur force de vie réside dans la simplicité, le partage, le respect de la nature et des animaux et la joie de vivre en tribu. 

Les touaregs m’ont donné une vraie leçon de vie  !

Mon guide Abbeh dans leur jardin

Mariage touareg, un vrai choque culturel !

À mon arrivée au village, j’ai eu la chance d’assister au mariage de mon guide Abbeh avec une femme d’une autre tribu. Les mariés étaient assis sous une chaumière touareg pleine de couleurs. Puis la mariée s’est retirée dans une pièce de sa nouvelle maison. Habillait d’un tissegh’ness ( tenue traditionnelle ) entièrement blanc, elle portait beaucoup de bijoux et ses mains étaient joliment tatouées de henné noir. 

Ce qui m’a marquait chez cette mariée, c’est que je ne pouvais rien apercevoir sur son visage. Je ne savais ni si elle était heureuse, malheureuse, excitait, fatiguée ! Rien, rien ne se dégageait de ce beau visage ! C’est seulement après que j’ai compris pourquoi cette femme n’était pas aussi excitée que toutes les autres femmes, le jour de leurs mariages. 

Il faut absolument que je te raconte comment se déroulent les mariages berbères à Tamanrasset. Quand un homme demande la main d’une fille et que sa demande est acceptée. La famille du marié va faire la fête chez la famille de la mariée. L’homme dépucèle sa femme chez elle et il ira régulièrement la voir pendant deux ans. Il est préférable qu’elle est le premier bébé auprès de sa mère, pour que celle-ci lui apprenne à être maman. Ainsi, une fois les deux années passées, c’est au tour du marié de faire une fête chez lui. 

Je t’avoue que j’étais totalement choquée, je ne comprenais pas où était passée la pudeur. Car dans le nord de l’Algérie, l’homme ne couchera jamais avec sa femme chez ses parents ! Mais après réflexion, ce n’est pas si bizarre que ça. 

La femme va avoir ses premiers rapports sexuels dans le coco familial, dans sa chambre et dans son lit peut être. Elle serra plus rassurée et sereine et si elle a un enfant, sa mère sera présente pour l’aider. Pendant ce temps, l’homme ne chaume pas, il construit une maison et prépare la dote, très élevée chez les touaregs.  

Ah décidément, ce peuple ne cessera pas de m’étonner et de me questionner !

Bijoux et henné de la mariée

Ah parlant de choses sérieuses, la nourriture !

Les repas sont toujours préparés autour d’un feu ou sur le sable chaud avec une bonne ambiance. Les femmes discutent entre elles, les enfants entrent et ressortent en prenant des morceaux de nourriture, on boit du thé. J’ai vraiment apprécié ces moments là.

Les touaregs mangent beaucoup de viande de chameaux, c’est apparemment la moins chère du marché. J’ai goûté à plusieurs plats traditionnels et le meilleur c’est Taguela. C’est une sorte de pain élaboré avec de la semoule, de l’eau et cuit sous les braises et le sable du feu de bois qui est ensuite émietté et dégusté recouvert de sauce à la viande de mouton et de légumes. Un VRAI DELICE !

Il y a aussi le moment du thé, un vrai rituel. Dans la tradition touareg, le thé se déguste en trois fois entre les plats et à d’autres moments de la journée. On dit que le premier verre de thé est amer comme la vie, le deuxième doux comme l’amour et le troisième, suave comme la mort.

 

Les villageois d’Izarnen m’ont accueilli sans rien attendre en retour. J’étais conviée à prendre le thé ou à manger par différentes familles. Une femme m’avait offert deux bracelets qu’elle avait elle même confectionné, une autre m’a mis du henné, une m’a habillé en tenue traditionnelle. J’étais choyée par des personnes qui ne me connaissaient pas. J’étais très triste le jour de mon départ, parce que je savais que je ne les reverrai plus et surtout, parce que j’avais peur pour eux. Je ne savais ce qu’ils allaient advenir d’eux ! 

Les touaregs sont une communauté exceptionnelle d’une grande sagesse. Ils ont des connaissances héritées d’un apprentissage multimillénaire du désert. Hospitaliers, généreux, réservés et intelligents, ils n’ont pas cessé de m’interpeler et de remettre en question mon mode de vie. Ils m’ont appris à apprécier l’instant présent sans toujours courir derrière le temps et à apprécier les choses simples, car toute chose est valorisée. 

Tu l’auras compris, les personnes que j’ai rencontré dans ce village m’ont beaucoup marqué. Je te souhaite de vivre une telle expérience au court de ta vie et de rencontrer des âmes authentiques comme ceux là. Et si toi aussi tu veux les rencontrer, faire un trek à Tamanrasset, je crois que la famille Hafsi sera ravie de te faire découvrir le Hoggar.

Préparation à la cuisson de taguela
Nettoyage de taguela
Taguela avec de la sauce, des légumes et de la viande
Cuisson de taguela sous les braises
Chaumière pour les mariés
Décorations